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La démocratie selon Aristote

La démocratie est le « régime populaire ». Aristote la présente dans Les Politiques comme le régime politique qui vise l’avantage de la majorité des gens modestes en confiant le pouvoir politique au citoyen. Ce n’est donc pas le meilleur régime dans la mesure où il ne vise pas l’avantage commun (en négligeant l’intérêt de la minorité des privilégiés).

Les régimes politiques selon Aristote

La démocratie est la souveraineté des hommes libres. Aristote parvient à cette définition en partant de l’idée que c’est une erreur de distinguer la démocratie et l’oligarchie en se fondant sur le seul critère du nombre. Il manque le critère du statut social des individus souverains : la minorité des gens aisés dans l’oligarchie, la majorité des gens modestes dans la démocratie. La définition exacte de la démocratie est donc qu’une majorité de gens libres, mais modestes, sont les maîtres du pouvoir. La notion de la justice sur laquelle repose ce régime politique est qu’à chaque citoyen doit revenir une part numériquement égale du pouvoir. C’est cette égalité qui rend les gens libres en ce qu’elle demande à chacun d’être tour à tour gouverné et gouvernant. « Le principe de base de la constitution démocratique, pose Aristote, c’est la liberté (car on a coutume de dire que c’est seulement dans une telle constitution que les citoyens ont la liberté en partage ; c’est à cela, en effet, que tend, dit-on, toute démocratie). Et l’une des formes de la liberté, c’est d’être tour à tour gouverné et gouvernant » (Les Politiques). Seulement, les gens tendent à confondre leur liberté démocratique avec une liberté absolue de suivre leurs propres désirs. Or, celle-ci est incompatible avec la vie sociale. Aristote met donc en évidence le fait que la liberté démocratique consiste à respecter la constitution.

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Aristote souligne les limites de la démocratie

La démocratie repose sur la participation active des citoyens. Aristote théorise une démocratie « directe » dans laquelle les citoyens prennent eux-mêmes tout ou partie des décisions, en exerçant soit une fonction judiciaire, soit une magistrature (au sens de charge gouvernementale) — il ne s’agit pas d’une démocratie « représentative » dans laquelle les citoyens élisent leurs représentants pour prendre des décisions en leur nom. Le philosophe distingue 4 démocraties en fonction de l’ensemble des participants : 1° ceux qui paient le cens ; 2° ceux qui ont le temps de participer ; 3° tous les hommes libres ; 4° les gens modestes qui bénéficient d’une indemnité. Aristote reconnaît cependant qu’il est risqué de confier les plus hautes fonctions à des individus de la masse, car ils sont susceptibles de déraisonner ou d’oublier la justice. L’inégalité des aptitudes impose donc d’aménager l’égalité politique. Le premier aménagement consiste à empêcher les membres de la masse de décider individuellement. Réunis, en revanche, ils font émerger une intelligence collective : « comme ils sont nombreux, en effet, chacun possède une part d’excellence et de prudence, et quand les gens se sont mis ensemble, de même que cela donne une sorte d’homme unique aux multiples pieds, aux multiples mains et avec beaucoup d’organes des sens, de même en est-il aussi pour les qualités éthiques et intellectuelles » (Les Politiques). Le second aménagement défendu par Aristote consiste à systématiquement associer les citoyens de la masse avec des citoyens compétents (des professionnels, des théoriciens, ou des hommes instruits).

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La démocratie présente certaines limites. Aristote estime tout d’abord que l’efficacité de ce régime politique dépend de la vertu du peuple. Il ne s’agit même pas de la même démocratie selon que la masse est composée en majorité de paysans, d’artisans, ou encore de salariés. Ce sont les masses de paysans, travailleurs et peu envieux, et de pasteurs (ceux qui vivent avec leurs troupeaux), particulièrement aptes à la guerre du fait de leur mode de vie, qui forment les meilleurs peuples. En comparaison, les autres masses populaires (artisans, gens du marché, hommes de peine) manquent de vertu. Le philosophe souligne également le risque de la démagogie. Lorsque les démagogues donnent le pouvoir à la masse populaire, son pouvoir devient tyrannique en supplantant celui des lois. Or, pour Aristote, un tel pouvoir n’est plus à proprement parler démocratique : « il faut que la loi commande en toute chose […] de sorte qu’il est manifeste qu’une telle organisation dans laquelle tout se règle par des décrets n’est pas une démocratie à proprement parler, car aucun décret ne peut être universel » (Les Politiques). C’est presque systématiquement à cause des démagogues que la démocratie se corrompt. En pratique, ils traitent injustement les privilégiés (en réduisant leurs patrimoines ou en leur faisant payer des impôts) pour plaire au peuple, si bien que les privilégiés s’unissent pour renverser la démocratie. Aristote considère ainsi que les manipulations des démagogues font dégénérer la démocratie en tyrannie.

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Qui est Romain Treffel ?

Passionné par les idées, je veux vous aider à mieux comprendre votre existence grâce au meilleur de la pensée. C’est dans cet esprit que je travaille à rendre les grands concepts plus accessibles et les grands auteurs plus proches de nous.

Passé par l’ESCP, la Sorbonne, et l’École Normale Supérieure, j’aide également les étudiants à réussir les épreuves littéraires des concours des grandes écoles.

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