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Le fétichisme de la marchandise selon Marx

Le fétichisme de la marchandise est un phénomène mystérieux. Dans le chapitre I du Capital, Karl Marx compare le sens de la marchandise dans les sociétés industrielles aux croyances des sociétés premières selon lesquelles des esprits habitent de petits objets matériels et leur confèrent un pouvoir magique. L’échange de marchandises est un acte dont la quotidienneté ferait oublier qu’il repose fondamentalement sur le sens que l’homme moderne donne aux fruits de son travail.

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Le fétichisme de la marchandise a une origine économique. En effet, Karl Marx élucide ce phénomène grâce à sa théorie de la valeur. Il emprunte aux économistes classiques Adam Smith et à David Ricardo l’idée que la valeur d’échange d’une marchandise se mesure par le temps de travail nécessaire pour la produire. C’est ce qu’il appelle la « valeur-travail », qui comprend à la fois le travail qui avait été nécessaire pour fabriquer les machines, et le travail des ouvriers qui se servent des machines pour produire des objets. Or, les hommes se mettent à croire que la valeur-travail est la valeur intrinsèque, ou la valeur d’usage des objets. Ils oublient dès lors que les objets ont été fabriqués par d’autres hommes, et qu’ils possèdent une utilité propre. « Ce qui intéresse d’abord pratiquement les gens qui échangent leurs produits, affirme Marx, c’est de savoir combien de produits d’autrui ils obtiendront en échange de leur propre produit, donc dans quelles proportions s’échangeront les produits » (Le Capital). Le philosophe illustre sa thèse avec l’exemple d’une table. Du point de vue purement matériel, une table consiste en du bois auquel l’homme a donné une certaine forme. Mais en modifiant ainsi la matière naturelle par son travail, l’artisan lui confère, selon Marx, une valeur qui ne se réduit pas à l’utilité, une valeur relative à tous les autres produits du travail humain.

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Karl Marx explicite les effets du fétichisme de la marchandise

Le fétichisme de la marchandise est un mécanisme d’illusion. Marx affirme que l’état de marchandise occulte la véritable origine de la valeur de l’objet. Les hommes considèrent que les marchandises expriment en elles-mêmes une valeur, alors que c’est en réalité le travail qui incorpore la valeur dans les choses (biens ou services). Cette illusion marchande peut être comparée à l’illusion de la religion. De la même manière que les hommes donnent une existence conventionnelle aux anges et aux miracles parce qu’ils y croient intensément, ils donnent, par leur simple foi, des propriétés magiques aux marchandises (leur propriété principale étant d’exprimer une valeur universelle, et d’être ainsi échangeable contre tout autre bien ou service). Pour Marx, le mécanisme religieux qui réifie des produits de l’esprit humain est du même ordre que celui qui réifie les produits de la main de l’homme dans le monde marchand. « J’appelle cela le fétichisme, écrit-il, fétichisme qui adhère aux produits du travail dès lors qu’ils sont produits comme marchandises, et qui, partant, est inséparable de la production marchande » (Le Capital). Plus fondamentalement, les hommes dissimulent le fait qu’ils sont eux-mêmes, par leur travail, les créateurs des marchandises, comme ils dissimulent qu’ils ont eux-mêmes élaboré l’idée d’un Dieu. Marx est néanmoins conscient des limites de la comparaison : la marchandise ne se réduit pas à une abstraction idéologique, car elle a une dimension matérielle ; de surcroît, elle n’occupe pas la même place qu’une divinité dans la société.

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Le fétichisme de la marchandise transforme les rapports humains. Marx met en évidence plusieurs effets. En premier lieu, l’assimilation de tous les produits à l’état de marchandise gomme les spécificités des travaux humains. Toutes les activités concrètes particulières de production, ainsi que les rapports sociaux qu’elles mobilisent, sont ramenées à une notion abstraite et homogène du travail. Ensuite, le fétichisme de la marchandise sépare le producteur de son produit. L’ouvrier qui vend sa force de travail au capitaliste ne reconnaît plus le fruit de son effort comme étant son œuvre propre, puisque le fruit de son travail appartient au capitaliste qui lui assigne une valeur abstraite. Enfin, le fétichisme de la marchandise voile le caractère social de la production : il fait passer des relations humaines pour des échanges abstraits. Il dissimule ce faisant l’injustice fondamentale que constitue l’exploitation du travailleur par le capitaliste, ce qui prive l’homme de sa conscience sociale. Marx estime que la religion chrétienne facilite ces transformations des rapports humains par le fétichisme de la marchandise : « […] le christianisme avec son culte de l’homme abstrait, notamment dans son développement bourgeois, dans le protestantisme, le déisme, etc. est la forme de religion la plus appropriée. » (Le Capital). En comparaison, la transmutation du produit en marchandise jouait un rôle moindre dans les sociétés de l’Asie ancienne ou de l’Antiquité. Marx estime que le fétichisme de la marchandise entrave le progrès politique en camouflant la hiérarchie sociale qui découle des rapports de production.

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Qui est Romain Treffel ?

Passionné par les idées, je veux vous aider à mieux comprendre votre existence grâce au meilleur de la pensée. C’est dans cet esprit que je travaille à rendre les grands concepts plus accessibles et les grands auteurs plus proches de nous.

Passé par l’ESCP, la Sorbonne, et l’École Normale Supérieure, j’aide également les étudiants à réussir les épreuves littéraires des concours des grandes écoles.

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