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L’origine des langues selon Rousseau

L’origine des langues une clé pour comprendre la société. Jean-Jacques Rousseau commence son Essai sur l’origine des langues en rappelant que la parole distingue l’homme des animaux ainsi que les nations entre elles. Ne pouvant pas identifier la naissance de la parole dans l’histoire de l’humanité, il émet donc des hypothèses rationnelles afin de retrouver la logique qui a présidé à l’émergence des langues.

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L’origine des langues ne réside pas dans le besoin. Jean-Jacques Rousseau ne souscrit pas aux thèses classiques selon lesquelles la parole est un moyen d’expression des besoins. Il les réfute d’abord en comparant l’homme et l’animal. Si les animaux ont bien des besoins, ils n’ont pas développé le langage. Ils se contentent de modes de communication moins élaborés qui leur suffisent dans leurs interactions. Il en découle que les hommes n’avaient pas besoin des langues pour communiquer en vue de la seule satisfaction de leurs besoins. Rousseau réfute ensuite les thèses classiques en évoquant l’histoire de l’humanité. Dans sa conception de l’état de nature, les besoins éloignent les hommes dans un premier temps (avant qu’ils ne conçoivent les bénéfices de la coopération). « On prétend que les hommes inventèrent la parole pour exprimer leurs besoins ; cette opinion me paraît insoutenable, avance le philosophe. L’effet naturel des premiers besoins fut d’écarter les hommes et non de les rapprocher. Il le fallait ainsi pour que l’espèce vînt à s’étendre, et que la terre se peuplât promptement ; sans quoi le genre humain se fût entassé dans un coin du monde, et tout le reste fût demeuré désert » (Essai sur l’origine des langues). Puisque les besoins ont d’abord écarté les hommes, ils n’ont pas pu engendrer un moyen de communication. Ainsi, selon Rousseau, la rationalité et l’abstraction des langues modernes n’en révèlent pas l’origine.

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Rousseau voit les passions à l’origine des langues

L’origine des langues réside dans la communication des passions. Rousseau parvient à cette conclusion en distinguant la parole et le geste. Le geste sert à l’homme dans son rapport au monde matériel ; en revanche, la parole sert exclusivement dans un rapport d’être humain à être humain — autrement dit, la spécificité de la parole serait liée à la spécificité d’une interaction humaine. Or, les premières interactions humaines n’étaient pas dictées par la satisfaction des besoins. « Il est donc à croire, explique Rousseau, que les besoins dictèrent les premiers gestes, et que les passions arrachèrent les premières voix. […] Le génie des langues orientales, les plus anciennes qui nous soient connues, dément absolument la marche didactique qu’on imagine dans leur composition. Ces langues n’ont rien de méthodique et de raisonné ; elles sont vives et figurées. On nous fait du langage des premiers hommes des langues de géomètres, et nous voyons que ce furent des langues de poètes » (Essai sur l’origine des langues). Les principales situations concrètes originelles que le philosophe imagine sont le combat, où il est nécessaire de susciter la pitié, et l’accouplement, où il est nécessaire de susciter le désir. Le langage serait donc né comme un moyen naturel d’expression des passions. Il aurait en particulier évolué comme un moyen de communication des sentiments amoureux. Rousseau imagine par exemple les échanges des jeunes femmes et des jeunes hommes réunis près des puits, dans les pays chauds, à l’époque où les familles commençaient de s’assembler.

La perfectibilité de Rousseau

L’origine des langues est liée à la musique. Reprenant la célèbre scène du puits, Rousseau imagine que le désir de courtiser l’autre sexe a entraîné la sophistication de la tonalité de la parole. Les discours amoureux sont devenus rythmés et mélodieux. Si cette hypothèse est juste, alors la poésie et la musique sont nées avec la langue. « Avec les premières voix, écrit Rousseau, se formèrent les premières articulations ou les premiers sons, selon le genre de la passion qui dictait les uns ou les autres. La colère arrache des cris menaçants, que la langue et le palais articulent ; mais la voix de la tendresse est plus douce, c’est la glotte qui la modifie, et cette voix devient un son ; seulement les accents en sont plus fréquents ou plus rares, les inflexions plus ou moins aiguës, selon le sentiment qui s’y joint. Ainsi la cadence et les sons naissent avec les syllabes : la passion fait parler tous les organes, et pare la voix de tout leur éclat ; ainsi les vers, les chants, la parole, ont une origine commune » (Essai sur l’origine des langues). Cela signifie plus fondamentalement qu’en plus d’être l’origine des langues, l’expression de la passion serait également l’origine de la différence entre le simple son et la musique. Dès lors, la définition de la musique repose sur le langage. La mélodie imite les tournures de la parole afin de transposer les passions sous-jacentes à la parole. Rousseau déplore cependant que les langues modernes aient perdu leur musicalité en se rationalisant.

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Qui est Romain Treffel ?

Passionné par les idées, je veux vous aider à mieux comprendre votre existence grâce au meilleur de la pensée. C’est dans cet esprit que je travaille à rendre les grands concepts plus accessibles et les grands auteurs plus proches de nous.

Passé par l’ESCP, la Sorbonne, et l’École Normale Supérieure, j’aide également les étudiants à réussir les épreuves littéraires des concours des grandes écoles.

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